• Construire une nouvelle République démocratique, écologique et sociale

    Construire une nouvelle République démocratique, écologique et socialeLe texte ci-dessous est une contribution collective. Dans le débat engagé au sujet de la République, nous voyons trop bien ce que nous ne voulons pas. Nous tenons donc à défendre nos propres positions et les soumettre au débat public 

    Manifeste pour l’égalité ! 

    La France traverse une crise de société extrêmement profonde.

    La responsabilité en incombe à des décennies de néo-libéralisme agressif, qui cultive une contre-morale de violence sociale, de cruauté, de concurrence généralisée et inhumaine. Il a été relayé et porté par le système totalement anti-démocratique de l’Union européenne (UE) qui provoque aussi des montées racistes et réactionnaires dans de nombreux pays.

    C’est un grand danger. Des dynamiques réactionnaires sont en marche comme ce fut le cas à d’autres moments historiques : repli sur une prétendue identité française fantasmée, défense d’une culture nationale excluante, peur des « autres », phobie de la religion musulmane, racisme affiché, repli sur les frontières, universel humain nié en pratique, liberté limitée, pulsion sécuritaire, réflexes guerriers.

    Les responsables politiques traditionnels de gauche se sont pliés à cette dérive, détruisant leur propre histoire et mémoire, démobilisant leurs soutiens, méprisant leur propre peuple.

    Mais la promesse révolutionnaire d’Egalité-Liberté reste actuelle. Le peuple et la classe ouvrière se sont battus pour porter le plus loin possible les proclamations d’Egalité, de Liberté, de Fraternité ou de Solidarité. Ce socle égalitaire n’a pas disparu. Débattons et agissons ensemble pour réaffirmer cet élan émancipateur et revendiquons un accès sans limite aux droits politiques pour toute personne.

    Pour un nouveau rassemblement populaire, il y a aujourd’hui trois grandes urgences, en matière d’égalité : l’urgence démocratique, l’urgence écologique et l’urgence sociale. Ainsi, il sera possible de refonder une gauche.

    Urgence démocratique ! 

    La démocratie est d’abord fondée sur l’égalité des droits qui implique  :

    ·         Le droit du sol étend les droits politiques, dont le suffrage universel, à toutes les personnes résidentes ; il ne dépend en rien de la culture ou de la nationalité d’origine. Les droits citoyens des « étrangers », encore à conquérir, sont indissolublement politiques et sociaux. Nul ne peut être déchu de sa nationalité.

    ·         L’égalité signifie l’égalité femmes/hommes dans le salaire, dans l’accès aux qualifications, la vie familiale, les responsabilités politiques.

    ·         Le droit de disposer de son corps, la liberté d’orientation sexuelle, les droits civils égaux pour tous et toutes (mariage), le droit à l’éducation.

    ·         Le droit à un travail et un salaire pour tou-te-s. Chacun-e doit bénéficier d’un statut personnel garantissant ses droits sociaux.

    La société que nous voulons garantit que toutes et tous voient leur existence et leurs droits reconnus. L’égalité qui la fonde ne tolère aucun dérapage raciste dans l’expression, les comportements, aucun processus de racialisation des rapports sociaux.

    La démocratie poussée jusqu’au bout ne concerne pas que les pouvoirs publics . Elle doit s’exercer dans les communes et les quartiers, sur les lieux de travail. Dans l’espace public, les citoyens ont droit à la confrontation démocratique, aux débats contradictoires sur tous les sujets. La liberté en la matière suppose de libérer l’information des milliardaires qui la contrôlent. Les citoyens ont droit à des médias libres et indépendants des pressions financières. Ils ont droit à la culture

    La laïcité signifie la neutralité religieuse de l’Etat et le respect des spiritualités. Elle est une condition de l’égalité démocratique. Elle instaure une triple liberté : liberté de conscience, c’est-à-dire liberté de croire ou de ne pas croire ; liberté des institutions publiques par rapport aux religions ; liberté des religions par rapport à l’Etat, ce qui suppose leur traitement égalitaire par la puissance publique.

    Toucher aux libertés de manifester, de se réunir, aux libertés individuelles et collectives, à l’égalité des droits, est intolérable.

    Urgence sociale ! 

    Le droit au travail implique de refuser la soumission au marché. C’est le droit émancipé des prescriptions de soumission et producteur de richesse collective. C’est le droit à la justice sociale, au salaire digne à l’opposé des allocations de misère. Personne ne doit être réduit au chômage, ni être considéré comme surnuméraire.

    Le droit au travail signifie aussi travailler moins mais mieux (les 32 heures hebdomadaires tout de suite, avec des salaires augmentés), avec des projets partagés et débattus. L’égalité signifie la reconstruction de services publics pour toutes et tous avec des zones de gratuité (santé) ou des prix accessibles, pour le logement, le transport, l’énergie. Des logements pour tous, écologiquement responsables, c’est possible et c’est urgent !

    Cela passe par la soumission de tous les pouvoirs économiques à des formes de contrôle publics et démocratiques, l’abandon des critères financiers destructeurs régis par des centres de pouvoir mondiaux irresponsables : BCE, FMI, multinationales, marchés financiers. Toutes les entreprises construites avec des fonds publics devraient être traitées comme des biens publics et communs, même si des lois « néolibérales » ont greffé des « actionnaires » qui utilisent les profits pour spéculer. Prenons les moyens de maîtriser notre existence collective !

    La classe travailleuse a conquis un droit à l’auto-organisation collective. Ce droit passe entre autre par le syndicalisme. Il inscrit des droits sociaux fondamentaux dans la Constitution, dans le Code du travail, dans la sécurité sociale issue du salaire socialisé, dans les services publics. Ce sont des points d’appui, à généraliser vers une émancipation globale du monde du travail et du peuple.

    La liberté doit étendre le droit syndical aux petites entreprises et sans menace de licenciement.

    La liberté implique des droits démocratiques nouveaux dans les entreprises, pour coopérer dans le travail, se réunir, délibérer, contrôler les choix économiques et technologiques, planifier des reconversions industrielles bas carbone.

    Elle doit combiner la citoyenneté avec l’auto-organisation sociale et des institutions nées des pratiques collectives : élection de représentants-es pour la gestion de la Sécurité sociale, extension des droits syndicaux, contrôle des services publics par les usagers, assemblées populaires de consensus pour délibérer des choix écologiques, conseils de jeunes dans les quartiers, contrôle national de l’égalité femmes-hommes, lutte contre les discriminations, développement des institutions de vigilance et d’expression populaire avec droit de veto.

    Urgence écologique !  L’urgence écologique constitue désormais une dimension fondamentale de tout projet émancipateur. Encore nouvelle elle doit faire partie du patrimoine historique de la gauche. La réponse à l’urgence écologique est inséparable d’un contrôle démocratique des entreprises et de la finance et s’articule aux questions sociales et démocratiques.

    Les dominants de ce monde se montrent incapables de prendre les mesures qui permettraient d’enrayer le changement climatique, l’effondrement de la biodiversité, les pollutions diverses ou la crise agricole et alimentaire. Les populations les plus précaires, en France et dans le monde, qui font d’abord les frais de la crise écologique (réfugiés climatiques, précarité énergétique, malbouffe …).

    L’urgence écologique implique pourtant des mesures immédiates et radicales, qui assurent la survie de l’humanité. Elle est inséparable d’un contrôle démocratique des entreprises et de la finance et appelle, comme les urgences sociales, l’auto-organisation sociale et des institutions nées des pratiques collectives.

    Il nous faut donc défendre une écologie de la justice sociale et environnementale, et qui réponde à la crise écologique tout en répondant aux questions brûlantes de l'emploi, des conditions de travail et de la santé. Mettons les choix écologiques entre les mains de la population, appuyons toutes les expérimentations et mobilisations sur ce terrain, engageons la transition écologique, réorientons dès maintenant l'investissement public et l'emploi vers des solutions écologiques dans les énergies renouvelables, les transports, le logement, l'eau. Etablissons un programme écologique global d'économies d'énergie, la relocalisation d'activités économiques, une agriculture paysanne, le développement d'une agriculture biologique accessible à toutes et tous.

    Comme pour l’urgence écologique, les urgences démocratique et sociale n’ont de sens que si nous défendons les valeurs qui nous constituent à l’échelle de l’humanité tout-entière.

    Elles impliquent d’abord de refonder l’Europe. L’Union européenne, qu’il faut distinguer de l’Europe, constitue un carcan insupportable, qui veut briser toutes les résistances. Il faut prendre des mesures pour s’en protéger, refuser d’appliquer le pacte de stabilité européen, imposer un socle de droits sociaux pour tous les peuples, renégocier les dettes, se redonner des marges de financement, réformer le système bancaire en profondeur et mettre en œuvre une grande réforme fiscale avec un impôt progressif universel sur les revenus, en réduisant le poids de la fiscalité indirecte (TVA, etc.).

    La solidarité doit être un principe d’universalité, de coopération entre peuples, pour faire face au défi climatique, pour la justice internationale, pour la paix.

    Elle exige la liberté de circulation des humains sur la planète, l’accueil des réfugiés fuyant les théâtres de guerre. Elle exige d’être aux côtés des peuples luttant contre des dictatures.

    Il faut rompre toutes relations diplomatiques et commerciales (ventes d’armes en premier lieu) avec les Etats qui soutiennent les groupes terroristes. Il faut poursuivre les entreprises qui se fourniraient en matière première (pétrole) dans ces régimes. Combattre le projet criminel de Daech c’est aider les combattants-es- Kurdes et l’opposition démocratique syrienne en moyens militaires.

    Il faut exiger des décisions politiques qui empêchent le gouvernement d’Israël de poursuivre son action colonialiste en Palestine.

    Aujourd’hui, il faut se rassembler. 

    Mettons en mouvement un large front populaire et écologiste, associant les forces militantes citoyennes et les constructions politiques, ouvert à toutes les forces politiques, syndicales, associatives de la gauche qui ne renonce pas. Créons une dynamique d’assemblées pour débattre et affirmer « ce que nous voulons ». Nous soumettons cette proposition au débat le plus large.

    Il nous faut, ensemble, répondre à deux exigences du moment :

    ·         Rassembler autour d’une démocratie et d’une république refondées.

    ·         Affirmer et mettre au centre les mesures d’urgences qui pourraient être décidées par un gouvernement aussi fidèle aux travailleurs-euses et à la population que la droite l’est aux possesseurs de richesses.

    Ouvrons le chantier de nos fondations. Le socle humain fondamental pour « faire société » repose sur la coopération, la fabrication d’un « monde commun », d’une « chose publique » solidaire aux antipodes des régressions néolibérales. Il repose sur l’égalité et le pouvoir de décider, ne laissant personne à l’écart des droits pour toutes et tous, à l’écart du débat politique.

    Nous pouvons écrire ensemble une nouvelle Constitution, basée sur la planification écologique, l’ordre public social et le statut du travail salarié, l’égalité femmes-hommes, le droit à la négociation et la gestion collective des collectifs de travail, d’habitat, d’activités culturelles, la démocratie permanente et pas seulement à l’occasion des échéances électorales.

    Une République nouvelle, abolissant la 5ème république exige un mouvement populaire, une révolution sociale et écologique, porteurs d’une rupture anticapitaliste. Dans cette voie, un gouvernement de rupture, capable de stimuler un processus constituant, s’impose pour engager un tel processus d’extension toujours plus large des droits humains.

    Nos propositions sont inséparables des batailles immédiates auxquelles nous participons. Elles se traduisent par des « mesures d’urgence » qui expriment les réflexions, les exigences, l’expérience de nombreux mouvements sociaux et qui sont l’une des voies pour un rassemblement majoritaire. Nous renvoyons au document que nous avons adopté en juin, que nous versons au débat.

    Alima Boumedienne-Thiery, Pierre Cours-Salies, Ingrid Hayes, Jean-Claude Mamet.

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