• Radicalité ?

    Radicalité ?Au cours des A.G. qui se tiennent dans le mouvement contre la loi El Khomri, des syndicats, PC, PG, Ensemble s'interrogent sur leur apport spécifique. 

    Les forces syndicales ou politiques avancent en dissociant deux temps. Selon elles, il faut d'abord rejeter le projet de loi et ne pas donner le sentiment qu'il serait amendable. Mille fois d''accord. Mais le "d'abord" les conduit à priver l'immédiat d'une dimension considérable : la projection vers une conception autre du travail que celle qui a conduit à l'extension de la précarité et aux 6 millions de chômeurs. C'est cette autre vision du travail qui donnera du sens à l'action et une motivation plus importante pour rejeter la loi et élargira le mouvement. Celui-ci ne peut uniquement reposer sur des journées, même bi-hebdomadairement, de manifestations.

    La question est d'une brûlante actualité. Les forces du capital proposent à ceux qui sont las des rapports d'exploitation et de domination de devenir auto-entrepreneurs. Lisez : substituer au contrat de travail un contrat de louage de services rendus. C'est ce qui se cache derrière la loi. Avec le Compte personnel d'activité (CPA), chacun individualise son exploitation pour se lancer dans la course au moins disant organisée par les actionnaires. En rester au seul rejet de la loi ne fait pas le compte.

    Cette dissociation entre rejet et alternative se retrouve à Solidaires et à la CGT. Cette dernière met en retrait son projet de nouveau statut du salariat, comme étant à traiter ultérieurement. Cela a pour effet de laisser entendre que le projet de loi ne serait qu'une aggravation d'un présent finalement acceptable. Où commence l’insupportable ? On retrouve cette démarche en deux temps à Ensemble et au PC qui prépare son congrès avec deux textes distincts : l'un porteur d'une vision à long terme, l'autre d'objectifs de luttes immédiates, privant ces dernières de dimension transformatrice. Doit-on laisser au quatuor gouvernement-droite-MEDEF-CFDT, le monopole de la proposition (et du projet) pour appeler ensuite à s'y opposer au coup par coup et leur laisser ainsi les moyens de noyer le poisson ? L'actuelle mobilisation populaire n'est-elle pas apte à prendre l'initiative de porter un avenir et que ce soit le tour des autres de courir derrière ?

    Ce souci de réalisme qui conduit à reporter à plus tard la perspective d'une autre conception du travail conduit à des objectifs tièdes, qui amènent de fait à en rabattre. De nouvelles attaques contre les retraites se profilent ; qui ose dire qu'on doit bénéficier d'un salaire indexé sur la qualification - dès 18 ans - à partir du moment où l'on a cette qualification jusqu’à sa mort, ce qui en fait une solution commune à tous? Qui appelle à rémunérer toutes les pratiques sociales comme contribuant à faire de la société ? Le caractère intermédiaire d'objectifs laisse les forces du capital reprendre leur souffle et réaménager leur espace. C'est grâce à ce manque qu'elles peuvent prôner le CPA. Le moyen terme entre alternative et capacité de récupération par le capital n'existe pas. Le projet de Sécu est né entre 1943 et 44 ; on ne peut pas dire qu'alors le rapport de forces était meilleur. Quand on est tiré par une vision d'avenir, on prend les risques qui vont avec.

    Ensemble! veut organiser des Forums. Mettre des objectifs alternatifs en pâture afin que les intéressés soient en mesure de considérer qu'ils ont autant de capacités que n'importe quel dirigeant de société ou de LA société, c'est disputer concrètement le pouvoir.

    Pierre Zarka, le 8 avril 2016. Publié sur le site de Cerises. 

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